Prix-eau-potable

Le service public à la française que tout le monde nous envie. Morceaux choisis.

Je suis ingénieur, entrepreneur dans les nouvelles technologies (cf mon parcours dans Entrepreneur en Colère) et je suis fier du service public à la française que nous exportons chaque jour, qui crée de la valeur en investissant dans des infrastructures collectives (ponts, réseaux d'eau, parkings, usines de traitements des déchets ou des eaux usées) et en s'engageant sur 15 ou 30 ans par contrat sur un prix convenu à l'avance. Cette capacité à prendre des risques et à lever des financements importants constitue un trait marquant de ces acteurs. Ces entreprises sont obligées de faire des gains de productivité qui se repercutent toujours sur le prix du service, donc sur le consommateur. Je pense que la sphère publique, en France, doit arrêter d'exploiter des services publics marchands car je préfère un service bien géré et profitable pour l'opérateur qu'un service mal géré qui détruit de la valeur, sous-investit et se finit par une dégradation du niveau de service offert. Je ne fais pas d'angélisme, mais quand un exploitant privé ne fait pas son boulot, on le vire. On ne peut pas dire la même chose de nos exploitants publics. Quelques morceaux choisis de nos services publics vus par un entrepreneur.

J'aime notre système de santé. Les anglais aussi d'ailleurs. Quand vous allez sur des forums d'entrepreneurs anglais, vous découvrez qu'un tiers rêve de venir s'installer en france pour acheter terrain/maison et bénéficier d'un vrai système de santé pour leur retraite. Rien à redire. Sauf que l'organisation de ce système me parait débile : on oriente systématiquement les clients vers le plus dispositif le plus coûteux, l'hopital, alors que dans une entreprise privée, en général, on fait le contraire et on oriente plutôt le client sur le système le moins coûteux qui permet de créer le plus de valeur. Illustration : j'ai un bobo, j'ai deux options. RDV généraliste, délai, faible prise en charge sécu, RDV spécialiste, délai,faible prise en charge sécu, RDV examens, délais, faible prise en charge sécu, RDV généraliste. Au bout de 6 mois, et une grosse dépense mal remboursée, mon problème s'est résolu de lui même. L'autre solution qui s'offre à moi, c'est le guichet unique où j'obtiens un résultat immédiat, je suis traité par une noria de personnel jeune et dévoué, on me fait tous les examens et je vois en une demi-journée tous les spécialistes, enfin cerise sur le gâteau je reparts sans payer. Je ne suis pas expert de santé, mais si le système de santé était bien géré, le parcours du combattant de six mois devrait coûter beaucoup moins cher que le service 5 étoiles à l'hopital. Et j'aurais le choix. Je paye plus pour un meilleure service rendu. Aujourd'hui, sous pretexte de démocratie de l'accès aux soins, il n'y a aucune incitation à consommer de la médecine moins chère.

J'aime notre service public postal : A l’heure où les français ont choisi le changement et les réformes, nos agences postales gardent un petit goût de refuge hors du temps…. Quel calme olympien dans ces officines avenantes où l’usager est invité poliment à faire la queue devant 1 guichet ouvert et 5 guichets fermés… Car attention, on ne plaisante pas avec le service public à la poste ! Et si les agents du service public prenaient le risque d’ouvrir deux autres guichets le temps d’épuiser la queue, vous n’imaginez pas les conséquences ! cela se saurait ! Il y aurait forcément des sureffectifs dans cette agence, et l’oeil de Sarkozy veillerait à redéployer certains agents sur d’autres bureaux moins performants ! Non, pas de cela chez nous, une absence de queue au guichet est un signe de mauvaise gestion, de ressources humaines surdimensionnée alors que le fonctionnaire, comme vous le savez, est appelé à disparaitre à moitié ! Le libéralisme à outrance ne franchira pas la porte de nos bureaux de postes ! Unissons-nous pour éviter que le productivisme ne vienne bouleverser cette belle endormie qu’est la poste. Donnez vous le mot ! Ouvrez un compte postal, et venez chaque jour faire calculer vos intérêts et vous retrouver dans la douce torpeur de ces queues placides. En agissant ainsi, vous contribuerez à sauver de l’extinction cette espèce en voie de disparition que constitue le guichetier postal. Et tant pis si les clients préféreront internet pour commander leurs timbres, ou kiala pour réceptionner leurs colis.

J'aime notre service public ferroviaire : Un bref couplet sur les grèves. 40% des jours de grèves en France sont ferroviaires, or ce service public emploie à peine 1% de la population active. C'est pour moi le signe d'une boîte mal gérée et ce serait trop simple de mettre ce problème sur le dos des syndicats. Savez vous pourquoi la SNCF ferme des lignes secondaires en région. Pas par manque de trafic, à cause de la convention collective de la SNCF. Les agents ont chacun un métier, et un même agent n'a pas le droit de faire deux métiers différents. Contrôleur, conducteur, poinçonneur, etc. Autant de métier, autant de salariés. Chez Connex, le conducteur peut tout faire. Alors on ferme les lignes, on vend les trains, et on rouvre avec Connex. Savez vous pourquoi le fret perd de l'argent ? A cause de la convention collective de la SNCF. Un conducteur de train de marchandise ne sort jamais de sa région ! Si votre train veut faire Toulouse Lille, il franchira 5 frontières de région SNCF, le train restera en déshérance à 5 reprises de une heure à trois jours, le temps qu'un train dans le sens contraire s'arrête au meme endroit. Donc le problème, c'est que les client ne savent pas quand le chargement va arriver. Donc ils préfèrent le camion, qui permet de s'organiser. Merci aux cheminots pour leur contribution au réchauffement climatique. Heureusement, les chauffeurs de train de Connex, eux, ils font le trajet d'une traite. Salauds de privés !

J'aime l'éducation nationale : Quel beau monument : des individus remarquables, dévoués, mais une organisation par métier qui ne permet pas la polyvalence. Qui met sur le marché du travail des générations d'étudiants qui ne savent pas taper à la machine ni parler trois langues, qui met en situation d'échec à un moment ou a un autre 75% de chaque classe d'âge, qui pense encore que le redoublement permettra aux enfants de progresser. Bref, un machin qui marche bien dans le primaire, mais qui a du mal a s'adapter aux besoins de la population au collège, au lycée et dans l'enseignement supérieur. Pour améliorer tout cela, et si on faisait noter les profs par les élèves dès le collège ? Le plus beau, c'est que si on a un système conçu pour former 80 000 BEP comptabilité par an, et bien on continue à les former même si ce métier à disparu depuis 10 ans. Et si 100000 étudiants veulent s'inscrire en fac de psycho, bienvenue dans les études supérieures même s'il n'y aura pas de débouchés pour les rares diplômés (ceux qui n'auront pas été dégoûtés en route). Donc les étudiants choisissent les filières, les enseignants en poste maintiennent les filières obsolètes, mais les entreprises, si elles veulent plus d'informaticiens, elles font comment ? Elles vont les chercher à l'étranger ? On nous parle de sélection à l'entrée de l'université comme d'une atteinte à la liberté des étudiants, mais si on parlait de filtrage selon les besoins du marché du travail et pas de sélection, ce ne devrait pas être une réforme impossible.

Un service public que tout le monde nous envie ? Le seul modèle qui s'exporte, à ma connaissance, ce sont Veolia, Suez, la Saur, Decaux, Vinci, etc. Nos fameux distributeurs d'eau aux profits faramineux à cause du prix de l'eau... Effectivement, le monde entier nous envie ces boites qui transforment l'environnement en filières industrielles pérennes, ou l'on crée de la valeur dans des métiers incroyables, ou l'on invente des modes de financement très astucieux pour financer des infrastructures, ou l'on transforme des métiers artisanaux en filières technologiques avec des barrières à l'entrée importantes. Bref, des entrepreneurs qui ont réussi, qui créent de l'emploi, qui gonflent nos exportations. Des industriels qui méritent le respect de tous, à commencer par les journalistes. Pas de chance, dans les médias, le service public qu'on met en valeur, c'est le "modèle social français", alors que ce modèle, s'il s'appuie sur la sphère publique, détruit de la valeur donc de l'emploi au quotidien. Heureusement pour nos voisins, il s'exporte mal !

J'aime notre service public de l'électricité : il a fallu un certain courage à nos élites dans les années 70 pour faire le choix du tout nucléaire. Alors que le principe de précaution aurait pu nous conduire à se nucléariser par très petites étapes. EDF est aujourd'hui une entreprise fantastique, qui contribue de manière bouleversante à la balance des paiements (économie pétrole), à faire baisser notre empreinte gaz a effet de serre, en s'appuyant sur une filière technologique unique au monde qui crée de la valeur et des emplois. Je ne pense pas que l'ouverture du marché électrique se fasse au bénéfice du consommateur : la preuve, depuis l'introduction des tarifs régulés, la facture électrique augmente beaucoup plus vite. Avec les risques industriels qui l'accompagnent, et des retours sur investissements très longs, il ne s'agit pas d'un service marchand comme les autres. Donc je suis prêt à laisser a EDF son monopole bien qu'il s'agisse d'un service marchand. Un truc me gène cependant : le coût de production de l'EDF est très favorable. Pourquoi "Que Choisir" ne stigmatise-t-il pas les bénéfices faramineux d'EDF ? Pourquoi l'association de consommateur ne demande pas de répercuter le « dividende nucléaire » dans le prix du kilowattheure en baissant les tarifs ? Parce que le statut « para-public » conférerait une légitimité supérieure ?

Messieurs et mesdames les journalistes, sortez de votre tour d'ivoire, venez comprendre comment on crée un emploi dans une petite entreprise. Venez comprendre que 70% des patrons en France gagnent moins qu'un journaliste débutant sortant d'école. Venez comprendre ce que c'est que de travailler dans un business sur un marché en concurrence où la paye de vos salariés dépend de votre capacité à conquérier et fidéliser des clients.

Bref, découvrez la vie, quoi !