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L'Etat et les collectivités locales ont-ils des missions prioritaires à remplir et lesquelles ?

La France jouit d'un climat agréable, d'une économie prospère, d'un niveau de « développement humain » envié, d'un système de santé sans équivalent, l'espérance de vie y est très longue, et de nombreux européens rêvent de passer chez nous leur retraite. Un pays de cocagne, quoi. Nos voisins européens disent pourtant de nous trois choses : nous sommes très arrogants (genre Dominique de Villepin, toujours prompt à donner des leçons), la bureaucratie y est plus pesante qu'ailleurs (beaucoup de formulaires et de démarches administratives et un secteur public hypertrophié) et nous manquons de pragmatisme (nous faisons des choses inutilement compliquées).

L'entrepreneur que je suis s'émerveille chaque jour de la capacité de notre pays, grâce au secteur marchand, à financer autant d'emplois publics. Cela fait 50 ans que le nombre d'emplois publics augmente en France. Les employés publics ne sont pas « pires » ou « meilleurs » que les autres, mais soit ils travaillent pour le secteur non marchand et cela reste un choix de société que je peux accepter, soit ils travaillent dans des services marchands et dans ce cas je crains le pire et je veux demander des comptes à nos élus.

Quand la sphère publique fait du "businesss", elle détruit de la valeur et casse des centaines de milliers d'emplois

En effet, à chaque fois que j'ai été confronté, au plan professionnel, au secteur public intervenant dans des services marchands, j'ai assisté à des destructions massives de valeur se traduisant par des destructions d'emploi. Si l'heure d'aide ménagère est vendue 20 € dans le privé, et 10 € par une association subventionnée qui ne paye pas de vrais salaires mais des emplois jeunes, les prix de marchés passent à 10 €, on condamne les sociétés privées à la faillite, et on interdit à ces jeunes de trouver un jour un vrai travail d'aide ménagère car il n'y a plus de modèle économique viable.. La baisse des prix n'est pas une fin en soi si cela détruit de la valeur et condamne un secteur économique entier à passer dans le secteur public. Les acteurs de la sphère publique ne doivent pas considérer que les prix bas sont naturellement au bénéfice du consommateur. Au contraire, la vérité des coûts profite toujours au consommateur, même s'il doit payer le juste prix d'un service. Car la méconnaissance des règles de l'économie de marché conduit systématiquement ces acteurs à vendre en dessous du prix de revient donc à perte (emplois aidés, subventions publiques d'exploitation pour boucler les comptes, règles d'amortissements des investissements inadaptées, fiscalité plus avantageuse, etc..).

Messieurs les éléphants dans le magasin de porcelaine de l'économie de marché, ne vous mélez pas de business sans avoir mesuré au préalable les dégats sur le marché du travail que vous allez causer. Car si vous échouez, votre salaire vous sera quand même versé jusqu'à votre retraite. Et pas les salariés de l'entreprise privée que vous allez condamner. Aussi, je demande aujourd'hui du moins d'état et surtout du mieux d'état : pour attaquer le chantier du mieux d'état, je propose une méthode pragmatique : redéfinir les missions de la sphère publique, systématiser le principe de subsidiarité entre administrations et collectivités et donner leur chance à tous les fonctionnaires qui veulent se frotter à l'économie de marché de le faire dans des conditions de concurrence loyale, mais pas en restant fonctionnaire, en essaimant pour créer leur entreprise.

Pour simplifier, la question du mieux d'état me paraît être décompsable en trois parties :

Quelles sont les missions prioritaires de l'état ? Réponse : les services régaliens (défense, politique étrangère, police, justice, etc.) tels que redéfinis avec l'Union Européenne, les services non marchands (santé, solidarité, culture, et les services où les investissements sont tels que le privé ne peut agir efficacement (infrastructures, enseignement supérieur, nucléaire civil, armement, etc.).

Comment redéployer les financements et les ressources humaines sur ces missions prioritaires ? Réponse : La priorité me semble être de généraliser le principe de subsidiarité en interdisant à la sphère public les recouvrements de compétences et les doublons d'effectifs. Si un conseil général et un conseil régional interviennent sur le même domaine, on nomme un unique maître d'oeuvre et on déplace les équipes dans la nouvelle entité. Si une agglomération , une ville et une communauté d'agglomération partagent les mêmes compétences, on regroupe le personnel de maitrise d'oeuvre et de conduite des actions dans une seule entité, qui redéploye les effectifs en fonction des besoins.

Que faire des salariés de la sphère publique qui souhaiteraient faire du business ?. Il est normal que des agents de la fonction publique soit tentés à travailler dans les services marchands, et la fonction publique compte de nombreux talents. On devrait systématiser le droit à l'essaimage. Formations rémunérée pendant 6 mois pour découvrir la création d'entreprise, puis maintient du salaire pendant deux ans avec droit de réintégrer la fonction publique sans perte d'ancienneté pendant une durée de 10 ans. Et non remplacement des départs.

Arrêtons de montrer du doigt les fonctionnaires. Ce sont des gens respectables, qui font leur travail le mieux possible, mais qui travaillent dans des entreprises mal gérées, souvent bloquées, avec des managers qui n'ont pas les moyens de travailler efficacement, sans outils pour récompenser les agents méritants. Donnez à ces agents la possibilité de découvrir la création d'entreprise, et la vie économique réelle. Et s'ils décident de revenir un jour dans la sphère publique, ils auront été formés pendant deux ou trois ans à l'économie de marché, à la relation client, aux chaines de décision courtes, à la prise de risques et d'initiatives. Ils seront de formidables atouts pour faire évoluer la sphère publique vers sa juste place.