Assez de ce tropisme français qui veut qu'un service mal géré par la sphère publique et qui détruit des emplois soit préférable à un service plus efficace délégué au privé au prétexte que le privé ferait des bénéfices.

Ce site est mon blog, mon cri de colère. Je me présente. Je m'appelle Antoine DAVID, j’ai 47 ans, 5 enfants, j’ai eu la chance de faire une « bonne » école d’ingénieur, je me suis toujours amusé dans ma vie professionnelle, je vis dans une belle banlieue, et j’ai monté ma boîte en 2004 après 18 ans passés dans un « grand groupe ». Plus d'infos sur Antoine DAVID.

Je suis aujourd'hui en colère : tous les médias ont relayé sans analyse ni commentaires le dossier a scandale de Que Choisir sur le prix de l'eau potable. Que choisir fait son travail, avec ses convictions. Mais oublie de préciser que l'eau potable ne pèse que 0,4% du budget des ménages (hors redevances et taxes, 1% avec ces redevances et taxes), contre 4,2% pour les telecoms et 6,7% pour l'électricité. Quand Que choisir cite en exemple de modération des prix de l'eau Annecy, Grenoble, Chambéry et Clermont, champion ! Un élève de CM2 aurait pu dire la même chose, car nos montagnes ont une ressource en eau de qualité, une urbanisation faible, pas de lisier de cochon ni d'agriculture intensive ! Mais quand Que Choisir appelle aux dé-privatisations et que le Maire de Paris suit ses recommandations, peut-être en suivant les analyses de tous les journalistes, je dis STOP !

Le privé gère plus efficacement que la sphère publique, une grande majorité des français en sont d'accord ! Que des sociétés privées dégagent des profits pour leur bonne gestion, cela paraît acceptable si ces profits sont raisonables. Les élus qui signent les contrats savent ce qu'ils font, donc ces profits sont forcément raisonables. Mais ce que le grand public et les journalistes semblent ignorer, c'est que la sphère publique, en se mèlant de services marchands, fait bien pire que de la mauvaise gestion, elle détruit de la valeur en vendant des services en dessous de leur prix de revient, et en conséquence elle détruit de la croissance et détruit de l'emploi. En effet, la sphère publique pratique trop souvent des prix en dessous du prix de marché (grâce à des subventions, des emplois aidés, une fiscalité plus favorable, des règles d'amortissements inadaptées, un sous investissement) ce qui ressemble à de la vente à perte ou plus exactement de la concurrence déloyale , s'interdit de faire des bénéfices, sous investit, fait peu de gains de productivités, ne s'engage le plus souvent ni sur un contrat ni sur des résultats ni sur un prix fixé à l'avance, et accessoirement ne maitrise pas les processus technologiques complexes.

Assez de ce tropisme français qui veut qu' un service mal géré par la sphère publique et qui détruit des emplois soit préférable à un service délégué au privé. Le service public à la française que les étrangers nous envient, c'est d'abord nos délégataires privés de services publics ! Pas notre service postal, notre service public de l'audiovisuel ou notre beau service public ferroviaire qui fait tant parler de lui en périodes de grèves.

Mon parcours professionnel est atypique : j’ai été distributeur d’eau puis opérateur télécom, avant de proposer aujourd'hui dans ma petite entreprise des services marketing aux professionnels. Dans ma vie d’entrepreneur, je me suis planté dans ma première start-up, avant de faire décoller ma seconde (croissance de 40% par trimestre dans ma seconde boîte) même si cela reste du « petit business ». Les fins de mois sont encore difficiles mais je m'amuse beaucoup dans ce que je fais.

Quand on gère une petite boîte, on devient vitre très pragmatique. Je ne théorise pas sur l’économie, la politique. Je me sens concerné à chaque fois que Nicolas Sarkozy s’exprime car il emploie les mots justes et il parait sincère. Je ne crois pas aux réformes mais aux petits progrès. Je pense que la France est un pays merveilleux, où il fait bon vivre, où il suffirait de peu de choses pour que nous fassions des miracles en particulier au plan économique. Dans l'histoire, à trois reprises, notre pays à connu un redressement économique spectaculaire (Directoire, Libération, années 60) ce qui me conduit à croire qu'avec un peu d'efforts, on devrait pouvoir rapidement rattraper notre retard sur nos voisins européens au plan économique. Retard dans les mentalités, retard dans l'organisation du marché du travail, retard dans la répartition des rôles entre secteur public et secteur privé. Retard dans l'hypertrophie de la sphère publique, qui se mèle trop souvent d'économie et qui détruit des emplois d'aide ménagère à coup d'emplois jeunes et de tucs, qui détruit des emplois d'architectes et d'experts à coups de services gratuits offerts par les DDE, qui détruit des emplois de consultants techniques à coup de services gratuits offerts par les DDA et les DDI. Qui se mèle de gestions de forêts, d'hospitalisation à domicile, de médias sans légitimité ni bénéfice évident pour les contribuables. Et qui empile des organisations trop complexes avec des communes, des agglomérations,des syndicats intercommunaux, des communautés d'agglos, des départements, des régions, des services déconcentrés de l'état avec une efficacité collective qui laisse parfois rêveur !

Je suis aujourd'hui très en colère car j'ai lu il y a trois jours un article dans la revue Que Choisir sur le prix de l'eau du robinet en France. Chacun son métier, mais manifestement, si le journaliste se doit d'énoncer des faits, puis les commenter ensuite, et bien il y a à redire sur le travail du journaliste. Je finis par me dire que ce serait mieux si nous vivions dans un monde :

Il faudrait réformer l'Etat, mais avant de réformer l'état, redéfinissons ses missions

On nous parle de réformes, de réduction du nombre de fonctionnaires, etc. On oublie le principal. Que nous ayons 4, 5 ou 6 millions de fonctionnaires ne pose aucun problème tant qu’ils n’empêchent pas les autres de travailler ! Or c’est cela le problème !

Il reste certainement des progrès à faire en bureaucratie, les paperasses, etc . Des progrès gigantesques ont déjà été accomplis pour simplifier la vie des entreprises. Peut mieux faire bien sûr, mais pas mal quand même. Le problème il n’est pas là.

Messieurs les journalistes, le problème est beaucoup plus simple : ce qui tue la croissance et les emplois en France, c’est quand des fonctionnaires se piquent de faire de l’économie de marché. En général, cela finit toujours par un éléphant dans un magasin de porcelaine, pour quatre raisons simples :

En fait, parce que les règles du jeu ne sont pas les mêmes selon qu'on est acteur public ou société privée, la sphère publique dans les secteurs marchands se comporte exactement comme une entreprise basée à Madère qui bénéficierait de charge sociales plus faibles et d'une TVA à taux réduit : elle fausse les règles de la concurrence. Heureusement que les sociétés privées compensent par leur efficacité ce désavantage compétitif, sinon cela ferait longtemps que nous travaillerions tous pour le secteur public.

Messieurs et mesdames les journalistes, la prochaine fois que vous souhaiterez vous exprimer sur les régies publiques, ou les bénéfices des entreprises, venez passer une journée dans mon entreprise. Je vous donnerai tellement d’exemples de destruction de valeur et d’emploi causées par des acteurs de la sphère publique dans les services marchands que vous nuancerez vos propos sur les entreprises privées.

Et si je revois dans un "vrai" média une reprise des arguments de Que Choisir sur le scandale du prix de l’eau, là, je m’énerve pour de bon.