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Le droit de grève est un acquis de notre démocratie. A-ton vraiment besoin d'une nouvelle loi sur le service minimum ? Le délit d'entrave ou le harcèlement moral ne sont-ils pas applicables dans certains cas ?

Mardi 20 novembre 2007. Nouvelle journée de grèves. Je ne sais plus si ce sont les fonctionnaires, la fonction publique, les régimes spéciaux mais j'ai encore perdu du temps, je n'ai pu voir un client, mes équipes font du télétravail depuis une semaine. Ras le bol. Comment traiter du sujet des grèves dans la fonction publique sans passer pour réac ? Quels sont les faits, que doit-on en dire ?

Le droit de grève est un acquis de notre démocratie. Je suis pour. Et il me semble normal que quand une entreprise est mal gérée, ou quand les salariés sont mécontents de leurs conditions de travail, ils puissent aller jusqu'à la grève, faute de mieux, pour obtenir une prise en compte de leurs attentes. Quand je parcours Wikipedia, j'apprends que ce droit de grève est régi par de nombreux textes donc que le législateur avisé a certainement prévu des cas où la grève peut se tenir. Je note au passage que la Constitution ne pipe mot sur le droit de grève, il ne s'agirait donc pas d'un Droit Constitutionnel, détail.

Je lis dans les journaux qu'il faudrait légiférer à nouveau pour garantir un service minimum dans les transports. Pourquoi encore un texte, pourquoi de nouveaux règlements ? Pourquoi toujours plus de papiers ? Pourquoi ne pas appliquer les textes existants ? Qu'un salarié décide de participer à un mouvement de grève, pas de problème. Il doit cesser son travail. Mais s'il se prenait, en réunion, à bloquer un dépôt de bus ou de trains, à paralyser un système d'aiguillage, à interdire l'accès de son lieu de travail à un salarié non-gréviste, le législateur a certainement prévu le cas. J'ai cherché sur google le délit d'entrave , cela doit bien exister. Et bien les 20 premiers résultats ne parlent que de délits d'entrave ourdis par des employeurs contre des salariés ou le Comité d'Etablissement, et traités avec rigueur par la justice. Très bien. Mais ne pourrait-on imaginer qu'un huissier puisse un jour de grève constater que les bus ou les trains ne sortent pas du dépôt et y voir une entrave au droit du travail ? Je refuse à croire que 100% des conducteurs de RER étaient en grève ces derniers jours.....

Avez-vous entendu parler de l'interconnexion SNCF ? Pour le banlieusard que je suis, c'est ce curieux balais effectué dans certaines gares par des conducteurs RATP et SNCF qui s'échangent les manettes en passant du réseau de l'un sur le réseau de l'autre. Cela fait partie des charmes surranés de notre fonction publique qui veut que ces deux entreprises se font la "concurrence" sur le dos des usagers. Et bien, en période de grève, cherchez l'erreur : je pourrais penser qu'il y a plus de non-grévistes que de trains et qu'on trouvera quelqu'un pour le conduire. ET bien non, qui dit grève dit que le train s'arrêtera à l'interconnexion et n'ira pas au terminus. Quand il y a un conflit social dans uen entreprise privé de transport (par ex les ordures ménagères) les entreprises du secteur se mettent en quatre pour aider l'entreprise en difficulté en faisant venir des bennes parfois de très loin pour garantir la continuité du service. Pas dans le transport ferroviaire, non Monsieur, pas de cela chez nous. Savoir que ces deux entreprises ne savent pas coopérer en situation de crise, c'est nul. Je viens d'apprendre que la RATP allait concurrencer la SNCF sur le fret. Non seulement ces entreprises ne coopèrent pas, mais en plus les financements publics dont elles bénéficient leur permettent de se faire la concurrence. Et si on déléguait certaines lignes de métro au privé, rien que pour mesurer l'impact sur les grèves ?

Un mot sur les étudiants qui bloquent des facs après des AG avec votes à main levée, etc. Là encore, je ne connais rien aux textes existant mais le législateur prévoyant a certainement prévu des règles régissant l'exercice de la démocratie en entreprise ou à l'université. Je cite encore Wikipedia qui écrit la chose suivante : « L'inconvénient majeur du vote à main levée est qu'une personne peut être influencée par les autres votants...C'est pourquoi ce mode de vote est souvent considéré comme antidémocratique, et qu'on lui préfère le vote à bulletin secret pour les élections ». Il y a forcément des textes quelque part qui encadrent les tentatives d'intimidation accompagnant le vote à main levée. Un truc du genre harcèlement moral. Pourquoi les victimes collatérales de ces intimidations ne pourraient-elles pas constater ou faire constater ce harcèlement moral et obtenir réparation ? Un mystère.

Revenons-en aux grèves dans le monde du travail : difficile d'obtenir des statistiques à jour sur le nombre de jours de grèves en France. Trois constats semblent s'imposer :

Ces deux derniers points me posent problème. J'en déduis que ces entreprises (secteur public en général, transport ferroviaire en particulier) sont mal gérées car les salariés y sont plus maleureux qu'ailleurs et se mettent très souvent en grève. Et je finis par conclure que si ces entreprises étaient mieux gérées, comme le sont par exemple des entreprises privées, nous aurions moins de problèmes, et je ne serais pas obligé de demander à mes collaborateurs de faire du télétravail. Donc quand j'entends certaines associations de consommateurs défendre les vertus des exploitants publics, et quand je constate combien le climat social dans le « public » semble moins épanouissant que dans le privé, je me dis qu'il vaut mieux, pour l'eau du robinet, maintenir les salariés des distributeurs d'eau dans le privé. Au moins, nous continuerons à avoir de l'eau tous les jours au robinet !

Un dernier mot sur les syndicats. Il n'y a pas assez de syndiqués en France, les syndicats n'ont pas su ou pu prendre une place centrale dans les services à valeur ajoutée que sont la recherche d'emploi ou les retraites complémentaires, et c'est bien dommage. Je pense fondamentalement que les syndicats jouent un rôle essentiel dans le dialogue social et j'ai connu de nombreuses entreprises où il a manqué un syndicat puissant pour remettre les choses en place et contester certaines décisions ou non décisions discutables. Il est malhonnête de mettre sur le dos des syndicats certains des travers de nos transporteurs ferroviaires : bon, il y a bien 1500 permanents syndicaux à la SNCF (presque 1% de l'effectif !), et il faut qu'ils justifient de leurs décharges syndicales donc ce serait sans doute bien que la SNCF leur suggère de faire quelques gains de productivité en réduisant les effectifs, nous aurions sans doute plus de trains.!

Dernière heure, mardi 20 novembre, des étudiants malmenés à Strasbourg par des grévistes car s'opposant au blocage de leur fac, et chassés de l'AG devant statuer sur la poursuite de la grève. Vive la démocratie. Pendant ce temps, M Chérèque, le patron de la CFDT, se faisait malmener par des manifestants aux cris de "Chereque Collabo" au prétexte qu'il avait pris position pour une sortie de conflit. Merci à M Chéreque et vive la démocratie.