Pour détruire des emplois, les méthodes ne manquent pas. Pour créer des emplois, méfiez vous cependant des fausses bonnes idées du genre l'interdiction des gains de productivité
Lundi 19 novembre 2007. Si on sondait les français sur la méthode la plus efficace pour réduire le chômage, la création de jobs dans la fonction publique ressortirait sans doute en tête des réponses spontanées, suivie sans doute de mesures pour limiter les gains de productivités et bien sûr d'interdire les licenciements. Si on posait la même question aux anglais, ils ne comprendraient pas la question. Problème. Gap culturel, problème linguistique ?
Longtemps, on a cru que le travail était un bien si précieux qu'il fallait le partager et une part encore très importante du pays continue à croire que le partage du temps de travail est une bonne idée mais qu'il aurait fallu augmenter en même temps les salaires. En fait, la réalité est un peu différente : il faut pour créer des emplois que l'employeur augmente ses marges grâce aux nouveaux salariés, et ce n'est pas en diminuant le nombre d'heures par collaborateur qu'on augmente ses marges. Donc la diminution du nombre d'heures ne créera que peu d'emplois, la seule différence se faisant dans les efforts de productivités demandés aux salariés, ou dans l'amplitude des horaires d'ouverture des entreprises. Exemple concret : la France et le seul pays au monde où on ne peut trouver un journal dans une gare passé 21h. Pourtant il y a une demande pour acheter des journaux ou du tabac le soir. Et les clients sont prêts à augmenter les marges de l'entreprises. Mais pour l'entreprise, c'est trop risqué, donc on refuse de servir la demande, donc on perd un peu de création de valeur.
Quand j'ai commencé à travailler, mon premier travail consistait à faire faire par une personne le travail effectué précédemment par deux personnes, et faire faire à deux ce qu'ils faisaient a trois. Il y avait suffisament de travail pour tout le monde et cela nous'a permis de diminuer de 50% nos délais d'intervention et d'améliorer notre service aux clients. Ce faisant, nous augmentions notre "valeur ajoutée", donc la rentabilité de mon employeur, et parfois les équipes trainaient un peu les pieds devant le rythme de travail mais je travailais dans un service public délégué, il fallait servir les clients efficacement. En augmentant la valeur ajoutée produite, je ne faisais qu'améliorer les marges de mon employeur et donc créer plus de valeur pour tout le monde. Cette valeur était ensuite redistribuée (primes, investissements dans du matériel, des véhicules) voire bénéfice et dividendes qui revenait dans l'économie, augmentant la "richesse" qui se redistribuait en achat de produits et de services donc en emplois. Mon employeur considérait que les gains de productivité réalisés étaient utiles à tous : aux clients, aux équipes, aux actionnaires, et les collaborateurs étaient content de travailler dans cette entreprise qui payait bien (mieux que dans le public) et où le souci de travailler vite et bien véhiculait des valeurs positives auxquelles tout le monde adhérait. Aujourd'hui, on veut me faire croire que les gains de productivité tuent l'emploi et sont une des causes du chômage et qu'il aurait mieux valu, dans cette entreprise, si on en avait eu les moyens, de faire le travail a quatre quand il était fait a trois, ou trois quand il était fait à deux. Et bien non, en agissant de la sorte, on fragilise l'entreprise, on diminue sa valeur ajoutée, on retarde les ajustements nécessaires et on finit par un plan social voire par fermer l'entreprise. L'entreprise, pour survivre, doit réaliser des gains de productivité permanents pour améliorer le service rendu et diminuer ses coûts pour rester compétitive. C'est grâce aux gains de productivités accumulés depuis des générations que notre niveau de vie est ce qu'il est.
J'ai connu des associations bénéficiant de subventions publiques et de contrats aidés qui proposaient des services marchands en concurrence avec des entreprises établies. Ces associations, qui ne pouvaient pas faire de bénéfices, devaient adapter leurs tarifs pour couvrir leurs dépenses, en proposant des prix anormalement bas... et en tuant les vraies entreprises qui faisaient le même métiers et n'avaient pas ces subventions. Peut être que ces associations, bénéficiant de ces effets d'aubaines qu'étaient les emplois jeunes ou autres dispositifs d'emplois aidés, ont eu leur utilité. Mais elles ont mis au chômage des tas de gens, et elles ont détruit de la valeur, en habituant les clients a payer un prix inférieur à la vérité des coûts. Quand ces emplois aidés ont disparu, ces jeunes n'ont pas pu trouver de travail, le marché avait disparu et les entreprises qui auraient pu les embaucher avaient du fermer. Sans le savoir, ces associations avaient durablement détruit de la valeur et privé le marché d'un service qui était précédemment viable. Création de valeur d'un côté, qui permet de financer des emplois pérennes, destruction de valeur de l'autre qui met l'emploi à la merci de subventions donc d'argent public qui peut se tarir. Quelle est la bonne solution ? Et bien quand la création de valeur suffit pour financer l'emploi, c'est mieux car ce n'est pas un emploi financé par l'impôt. Car l'impôt n'est pas extensible à l'infini, alors que les emplois qui créent de la valeur, ils se multiplient à l'infini, ils sont contagieux. Et oui, les emplois qui créent de la valeur sont contagieux.
Et les régies municipales de distribution d'eau dans tout cela ? J'y viens. Si j'avais travaillé chez un employeur public et que j'avais fait du zèle pour augmenter la productivité de mes équipes et améliorer le service, on m'aurait immanquablement répondu : à quoi cela sert ? On va pas baisser le prix de l'eau, Que Choisir dit que nous sommes déjà les moins chers. Si on réalise le même travail plus vite, nos clients vont penser qu'il y a des sureffectifs, ce n'est pas bon. On ne va pas investir davantage, on ne pourra pas répercuter les investissements dans le prix de l'eau, donc calme toi ! Donc je n'aurai créé aucune valeur supplémentaire. Et bien quand on ne crée pas de valeur, on ne crée pas d'emplois. L'argent ne se redistribue pas dans l'économie, cela ne permet pas d'augmenter la richesse collective donc le pays fait du sur-place. Et voila.
Un mot pour la fin, connaissez vous la fable du salon de coiffure ? Dans certaines universités américaines, le modèle d'organisation bureaucratique par excellence, c'est le salon de coiffure. Une organisation par métiers (shampouineuse, coiffeuse, caissière) où les métiers ne coopèrent pas entre eux et où le client doit s'adapter à l'organisation (le client doit "passer" de la salle d'attente au shampouinage, puis au siège de la coiffeuse, puis au casque, puis à la caisse). Dans une organisation tournée vers le client , le client est pris en charge à son arrivée et les différents métiers coopèrent (ils se déplacent jusqu'au client). Lorsque notre belle fonction publique renoncera à son organisation par métiers (conducteur, contrôleur, poinçonneur, etc.) pour passer à une organisation par missions, tournée vers le client, peut-être que la qualité et la permanence de services seront enfin au rendez-vous. Et je préfère une organisation tournée vers le client qui réalise des gains de productivité, crée de la valeur et fait des bénéfices qu'une organisation métier qui s'interdit de faire des bénéfices, pour qui le gain de productivité détruit de la valeur car il réduit les effectifs de certains métiers, et qui n'applique pas la vérité des coûts en se nourrissant de subventions et d'aides diverses.